Etat d'usage

Publié le par xylpho

Il y a quelques avantages à vivre à la campagne. Parait-il…

Je ne parle pas de la campagnette, celle qui touche nos villes, celle qui n'a que le goût de la pampa sans avoir le reste. Je parle de la vraie, de la profonde, de celle qui en trois jours déstabilise tout bon citadin. Je te parle d'un trou perdu entre Castres et Mazamet, coincé dans les contreforts de la Montagne Noire, d'un village qui s'appelle Boissezon. Mais attention, je ne te parle même pas de vivre DANS le village, je te parle de vivre "à côté" sur un flanc de montagne, les pieds dans une rivière avec comme panorama quotidien des sapins, des chênes, des chèvres et des moutons. Je te parle d'une maison immense avec des murs d'une épaisseur folle, d'une cheminée inimaginable, de promenades dans la montagne, de cèpes, de mûres, de framboises, de girolles, de truites, d'écrevisses, de fraises des bois que la nature t'amène presque au pied de ta porte à condition de savoir baisser ton cul et d'ouvrir tes yeux de banlieusard endormi.

Je te parle d'un rêve, échapper au bruit, échapper au brouillard étouffant, échapper à la foule qui pue et qui grouille, échapper peut-être à ton somnifère, prendre enfin le temps d'arrêter, de t'asseoir et de regarder les étoiles dans une nuit noire qui n'existe plus dans ta cité, je te parle de feu de bois, d'une carte postale où la douceur de vivre remplace les palmiers.

Je te parle d'un rêve accessible à 860€ TCC pour une maison de 300m2, d'un truc pas possible, inimaginable dans nos villes.

Mais le rêve s'arrête là.

Parce que quand le rêve s'est mis en marche il faisait beau, il faisait chaud, on était en juillet ou août, tout était parfaitement merveilleux. Alors tu as signé, fais ton état des lieux entrant et tu as emménagé.

Et là les choses se sont détraquées, tu as oublié l'hiver et la nuit quasi perpétuelle due au soleil bas et à ta si jolie petite vallée, tu as oublié que dans l'expression "vieille maison" il y a surtout le mot "vieille". Tu as oublié que 300m2 ça se nettoie pas tout seul, que ça se chauffe pas, que les gens ne viennent pas te voir en hiver, il fait trop froid, les téléphones mobiles ne passent pas, les gps ont du mal à trouver ton adresse.

Bienvenue tu es à la campagne, toi le citadin tu vas continuer à découvrir ton nouvel enfer. Parce que tu n'es pas fait pour ça, tu n'es pas fait pour supporter ces longues soirées à ne rien faire du tout, tu as vite acheté un décodeur satellite pour ne pas être obligé de zapper sur quatre chaînes, ta chaine hifi ne capte plus grand-chose comme stations, tu as oublié qu'à quinze bornes à la ronde il n'y a rien, que tes courses au Mammouth requièrent une organisation quasi militaire, parce que dans la pampa on ne ressort pas la voiture et faire trente bornes juste pour une baguette, tu as été obligé d'oublier les soirées au resto entre potes, les soirées concert, les bars.

Et tu commences à déprimer, entouré par le gris de l'hiver, la pluie et le brouillard. Mais tu n'as pas fini d'en baver, tu n'as pas encore expérimenté la vie du village à 400 mètres de chez toi, où tout le monde sait tout de tout le monde, où tout le monde parle sur tout le monde à tort et à travers, où tout se déforme et se plie suivant les fantasmes des autochtones. Alors tu en ris, mais au bout d'un moment tu te rends compte que tu ne peux parler à personne sous peine de propagation et de déformation de tes dires. Et ici la bêtise te semble plus présente, pas parce que ces gens sont bêtes, juste ils ne sont pas nombreux et la connerie te saute à la figure comme une grenade d'assaut. Si tu étais dans ta ville chérie il te suffirait de changer d'endroit, de fréquentations et tu n'y penserais plus.

Alors tu restes chez toi, et tu continues à découvrir tout ce qui te manque pour être heureux, toi le citadin. Plus de livreur de pizzas, plus de ciné, c'est la campagne et c'est terrible. Et tu découvres que dans la pampa il y a des coupures de courant, ça faisait peut-être 25 ans que tu n'en avais pas vu une mais que ces coupures là sont interminables, et là prochaine fois ben t'achèteras des lampes de poche ou au moins des bougies, espèce d'imprévoyant.

Alors tu craques, tu veux t'enfuir et tu trouves un appartement dans ta cité pour le même prix mais avec un tiers de la surface. Mais qu'importe, tu te casses, tu t'arraches, t'en peux plus de ne plus voir personne.

Et là, alors que tout devait bien se passer, tu te rends compte que tu avais oublié un détail.

Monsieur l'agent immobilier, toi qui ne liras jamais ces mots et c'est dommage, je veux que tu saches à quel point je t'emmerde, à quel point tu es malhonnête. Mais il semblerait qu'à l'instar des agents d'assurances ce soit la norme de ta profession. Sais-tu, espèce de crétin qu'effectivement une vitre est considérée comme sale à partir du moment où tu y as fait courir tes doigts d'abruti ? Sais-tu, espèce de connard la différence entre un deux pièces en ville et une maison en pleine campagne ? Peux-tu, gros gougnaffier, reprocher à la campagne de générer de la poussière ? Que quand une pièce est nettoyée, elle ne le reste que quelques heures? Que les baignoires de 35 ans sont poreuses, que les peintures antédiluviennes s'écaillent sans qu'on ait besoin d'y toucher ?

Alors mon con, toi qui va certainement me retirer un max de blé sur ma caution tu as une merveilleuse expression dans ton métier pour définir une tapisserie, une moquette un peu passée. Tu dis "état d'usage". Comme ça le jour de l'état des lieux sortant tu peux faire dire ce que tu veux à cette expression.

Mais tu es mal tombé, je suis un connard de procédurier, et je peux jouer au même jeu que toi. Je vais te mettre en "état d'usage" si tu cherches à jouer au malin avec mes petits nerfs.

 

 

En tout cas, pour moi la campagne c'est fini

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Orties 01/10/2008 19:06

il me fait peur le monsieur...
Tu as lu le retour à la terre de Ferri et Larcenet?
4 tomes (pour l'instant ) sur les joies indicibles de la vie à la campagne, la vraie

Da Scritch 03/09/2008 15:40

Cette ernière phrase me rappelle quelque chose.... de ta part.

“Robinet, je ne boirais plus de ta bière”